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Alors que la défaite des troupes franco-britanniques
face à la Wehrmacht nazie - passée
à l'offensive à l'Ouest le 10 mai
précédent - lui apparaît consommée,
la moitié nord de la France étant
déjà envahie, l'Italie déclare
la guerre notre pays le 10 juin 1940, puis le
lendemain à la Grande-Bretagne. A la différence
de son allié hitlérien, elle est
aussi hors d'Europe directement au contact militaire
de ses adversaires français et britannique.
La Guerre va donc s'étendre dès
le début du Second Conflit mondial au continent
africain et, les armistices franco-allemand du
22 juin 1940 et franco-italien du 25 juin ayant
sorti la France de la Guerre, avant que le régime
de Pétain n'en fasse un allié de
fait d'Hitler et Mussolini, le conflit va être
dans un premier temps essentiellement italo-britannique(1).
En Afrique Orientale, où les troupes du
duc d'Aoste, vice-roi italien d'Ethiopie, fortes
de 91000 italiens épaulés par 200
000 soldats coloniaux, sont opposées à
moins de 20 000 Britanniques (9000 au Soudan,
8500 au Kenya, 5 bataillons au Somaliland)(2).
Et surtout en Afrique du Nord, où forts
de leur supériorité numérique,
les Italiens attaquent le 13 septembre 1940 avec
six divisions sur la frontière égyptienne-libyenne
et se stabilisent en territoire égyptien
à Sidi-Barani, qu'ils fortifient. La contre-offensive
britannique commencée le 7 décembre
va les contraindre à une retraite qui se
transforme en déroute. Tobrouk - située
à 160 Km à l'ouest de la frontière
égyptienne - est prise par les Britanniques
le 24 janvier 1941, Benghazi le 7 février.
Lorsque l'offensive britannique s'arrête,
une partie de leurs troupes étant envoyée
au secours de la Grèce attaquée
par le Reich, plus de 130 000 Italiens ont été
faits prisonniers.
Le 14 février, envoyé d'urgence
par Hitler pour secourir son allié en difficulté,
un corps expéditionnaire allemand, rapidement
connu sous le nom d'Afrika Korps, débarque
à Tripoli, capitale de la Libye. Il est
commandé par le général Erwin
Rommel qui, durant l'année 1941 et début
1942, va conduire contre-offensives et offensives
contre les forces britanniques. Parmi ses adversaires
sur le sol libyen, outre les Britanniques, les
troupes de leur empire colonial et des Dominions
, des Français libres.
Dès l'été 1940, en Angleterre
avec des militaires français présents
sur le sol britannique ou qui s'y rendent, avec
des échappés de France, et suite
à des ralliements à de Gaulle dans
les territoires coloniaux rejoignant la France
libre, mais aussi dans ceux contrôlés
par les Britanniques, se constituent des unités
militaires françaises libres, regroupées
au sein des Forces Française libres (FFL).
Ainsi, en juillet, le commandant Lorotte met sur
pied en Palestine puis en Egypte ce qui va devenir
la première unité française
libre à reprendre la lutte, le 1er Bataillon
d'Infanterie de Marine (1er BIM), avec des militaires
refusant l'armistice et l'autorité de Vichy,
venus de Chypre et du Liban et passés en
Palestine. Premier élément des Free
French au sein des forces britanniques, le 1er
B.I.M., après s'être initié
par des coups de main contre les Italiens au combat
dans le désert, va participer à
la contre-offensive britannique à Sidi-Barani
en décembre 1940 puis à plusieurs
autres combats, telle la prise de Tobrouk en janvier
1941.
En mars 1941, une partie du B.I.M remonte le Nil
pour rejoindre la Brigade Française d'Orient
(B.F.O.) qui combat en Erythrée contre
les Italiens, tandis que d'autres éléments
prendront part à la campagne de Syrie contre
les forces vichystes avec la 2ème Brigade
de la 1ère Division légère
française libre (1ère DLFL) du général
Legentilhomme).
(1) En Afrique du nord,
où la colonie italienne de Libye est limitrophe
à l'Ouest du protectorat français
de Tunisie, au Sud-Ouest et au Sud des colonies
françaises d'Algérie, du Soudan
(Mali) et du Tchad, à l'Est des protectorats
britanniques d'Egypte et du Soudan Anglo-égyptien.
En Afrique Orientale, où les colonies italiennes
d'Erythrée, d'Ethiopie (conquise en 1936)
et de Somalia, enserrent la Côte Française
des Somalis et le Somaliland britannique et jouxtent
le Soudan Anglo-égyptien et la colonie
britannique du Kenya
(2) Après une offensive stoppée
en juillet contre le Soudan Anglo-égyptien,
les Italiens attaquent en août 1940 avec
26 bataillons appuyés par des tanks le
Somaliland, qu'ils conquièrent. La contre-offensive
britannique, lancée en janvier 1941 en
Erythrée à partir du Soudan, avec
le concours de Français libres, puis, à
partir du 10 février suivant depuis le
Kenya, aboutira à la reddition du Duc d'Aoste
le 17 mai, et à celle des dernières
forces italiennes éparses le 27 novembre
1941.
Afrique du Sud, Australie, Canada et Nouvelle-Zélande
1941, la 1ère DLFL
étant réorganisée en 1ère
Brigade française libre (1ère BFL),
le BIM y est intégré, au sein de
la 2ème demi-brigade coloniale.
Commandée par de Larminat, avec Knig
comme adjoint, la 1ère BFL rejoint le front
égyptien fin 1941 et, le 17 janvier 1942,
elle contribue à la capture de la garnison
allemande d'Halfaya à la frontière
égypto-libyenne. Les Free French sont de
retour.
Un mois plus tard, la 1ère BFL se fixe
à Bir Hakeim, à 80 km au sud de
Tobrouk, position qu'elle va fortifier, entourer
d'un champ de mines, où elle va enterrer
ses pièces d'artillerie et postes de tir
collectifs et individuels, et à partir
de laquelle, pendant plus de trois mois, elle
mène contre les forces germano-italiennes
coups de main et missions de reconnaissance. Début
avril 1942, Knig - futur Chef d'Etat-major
des FFI en 1944 - en devient officiellement le
chef.
L'offensive lancée le 26 mai 1942 par Rommel
avec 90 000 hommes et 575 chars a pour objectif
le canal de Suez, et prend la forme d'une tenaille
: une mâchoire au nord par la route côtière
qui passe par Tobrouk vers Sidi-Barani et El-Alamein,
au sud, contournant la ligne de défense
britannique, l'autre mâchoire, qui doit
se fermer à El-Alamein en emprisonnant
le maximum de forces britanniques, passe par Bir
Hakeim
Pour cette mâchoire sud de son offensive,
Rommel a concentré ses cinq meilleures
divisions, les 15ème et 21ème Panzer-D.,
la 90ème D. légère (motorisée)
allemande et les divisons italiennes Ariete (blindée)
et Trieste (motorisée), face à deux
divisions et trois brigades alliées, dont
la 1ère BFL à Bir Hakeim.
Répartie en 6 bataillons(3) appuyés
par le 1er régiment d'Artillerie et quelques
petites unités, la 1ère BFL est
dotée d'un armement diversifié(4).
Le ravitaillement en nourriture, en eau et en
munitions de la garnison, qui ne dispose au début
des hostilités que de dix jours de ravitaillement
et de vingt mille obus de 75, va devenir rapidement
un problème majeur, car l'encerclement
de la position sera quasi achevé dès
le 1er juin et définitif le 6.
Les 3723 hommes de la 1ère DFL présents
à Bir Hakeim sont emblématiques
des Forces de la France libre, rassemblant notamment
des évadés de France tel Gérard
Théodore qui, via Grandville, les iles
Chausey et Jersey, à rejoint l'Angleterre
dès le 25 juin 1940 et s'est engagé
dans les FFL le 1er juillet 1940.
(3) Afrique du Sud, Australie, Canada et Nouvelle-Zélande
(4)Les 2ème et 3ème bataillons de
la 13ème Demi-brigade de la Légion
étrangères (13ème DBLE),
comportant beaucoup de Républicains espagnols,
les bataillons de l'Oubangui-Chari (BM2) et du
Pacifique, le bataillon de fusiliers marins (chargé
de la DCA), le 1er B.I.M., plus le 1er Régiment
d'Artillerie, la 22ème Cie Nord-Africaine,
1ère Cie anti-chars, la 1ère Cie
de Sapeurs-mineurs, la 1ère Cie de transmissions,
la 101ème Cie Automobile.
(5)63 chenillettes Bren Carrier, camions et deux
obusiers britanniques, artillerie majoritairement
française, récupérée
au Levant : 54 canons de 75 (dont 30 utilisés
en antichars), 14 de 47,18 de 25, ainsi que de
18 canons antiaériens de 40 mm Bofors britanniques
; les Britanniques ont aussi fourni 86 fusils
antichars Boys de 12,7 mm. L'infanterie dispose
de matériel français : 44 mortiers
de 81 ou de 60, 76 mitrailleuses Hotchkiss, 96
fusils-mitrailleurs 24/29 de DCA et 270 d'infanterie.
Affecté comme
canonnier pointeur, il a participé au sein
de la B.F.O. à la campagne d'Erythrée
et à la prise de Massaoua puis à
la campagne du Liban et de Syrie, commencée
le 8 juin 1941 et au terme de laquelle les forces
vichystes des deux territoires, après une
réelle Résistance, cesseront le
combat par la convention de Saint-Jean-d'Acre,
signée le 14 juillet (5); 650 FFL ont été
tués ou blessés. Après avoir
suivi des cours d'élève aspirant
à Damas, Gérard Théodore
est affecté avec ce grade au 1er régiment
d'Artillerie au sein de la 1ère BFL. Il
témoigne pour le "Journal de la Résistance"
: " Les unités rassemblées
à Bir Hakeim étaient d'une extrême
diversité quant à leur composition
: Français métropolitains, Français
d'outre-mer et des colonies, soldats coloniaux
d'Afrique Noire, Malgaches, Nord-africains, Tahitiens,
Wallisiens, Canaques, Vietnamiens, Indiens des
Comptoirs de l'Inde, Syriens et Libanais, Républicains
espagnols
L'encadrement était formé
de réservistes et de beaucoup d'officiers
d'active ayant rejoint de Gaulle soit en Angleterre
soit lors du ralliement des colonies d'A.E.F.
puis d'A.O.F., voire après l'affaire syro-libanaise.
Cela était par exemple le cas pour l'Artillerie
dont le commandant était le chef d'escadron
Jean-Claude Laurent-Champrosay, ancien de Saint-Cyr
et qui avait servi au Maroc, en Indochine et en
Haute-Volta d'où il s'était rallié
à de Gaulle, les servants des batteries
étant notamment des coloniaux d'Afrique
Noire (1ère et 2ème Cies) et Malgaches
(3ème et 4ème)". Gravement
blessé le 8 juin, sa jambe gauche étant
arrachée, Gérard Théodore
participe avec succès à la sortie
héroïque de la garnison de Bir Hakeim
et est évacué vers Tobrouk puis
vers l'Hôpital de Beyrouth, où il
est fait le 9 septembre 1942 Compagnon de la Libération
par le général de Gaulle, qui lui
en remet la Croix(7).
Dans la nuit du 26 mai 1942, Rommel lance son
vaste mouvement de contournement des positions
britanniques au sud de Bir Hakeim. Le 27 mai,
à 9 heures, il donne l'ordre à la
division italienne Ariete d'attaquer Bir Hakeim
par le sud-est, ce qu'elle va faire en abordant
la position française à revers en
deux vagues successives mais, se heurtant à
une Résistance acharnée des Français,
elle va devoir laisser se replier abandonnant
sur le terrain 32 blindés et 91 prisonniers;
les FFL n'ont eu que deux blessés, un camion
et un canon détruits. Le 31 mai, un convoi
de 50 camions de 101ème compagnie automobile
du capitaine Dulau apporte de l'eau, remmène
les blessés, les prisonniers italiens et
600 soldats indiens repliés à Bir
Hakeim devant l'offensive de Rommel.
(6)2600 Européens,
1100 Nord-Africains et 1800 Coloniaux des forces
vichystes du Levant rejoignent les Français
libres. En août et septembre 1941, 37 563
Français, militaires et fonctionnaires
vichystes notamment - dont le Haut-commissaire,
le général Dentz, quittent le Levant
pour la France conformément aux dispositions
de la Convention signée à Saint-Jean
d'Acre.
(7)Furent faits Compagnons de la Libération
plusieurs dizaines de combattants de Bir Hakeim,
tels Pierre Messmer, chancelier de l'Ordre, qui
vient de disparaître, ou Jean Tranape, Pierre
Simonet, et Claude Lepeu, actuels membres du Conseil
de l'Ordre, Conseil auquel appartient aussi Gérard
Théodore. Lequel, à sa sortie d'hôpital,
retourna au 1er régiment d'Artillerie en
juillet 1943 en Tripolitaine, avant d'être
muté en Angleterre à l'Etat-major
FFI Zone-nord du général Koenig,
de décembre 1943 à août 1944
; il rejoint Paris le 25 août 1944.
La journée du 1er juin ayant été
consacrée par l'ennemi à des bombardements
des positions françaises, la nouvelle offensive
de ses forces - 90ème Division légère
allemande, division italienne Trieste et 3 régiments
italiens blindés de reconnaissance - a
lieu le 2 juin, après que les Français
ont rejeté une demande de reddition, réitérée
le lendemain dans un message écrit de sa
main par Rommel au général Koenig
sans plus de succès.
Du 2 au 10 juin, plus de 40 000 obus de gros calibre
- du 105 au 220 mm - sont tirés sur Bir
Hakeim et une grande quantité de bombes
est larguée par les aviations allemande
et italienne qui, les 8, 9 et 10 juin, mèneront
plusieurs raids de plus de 100 appareils chacun;
les Français tirant quelques 42 000 obus
de 75 m. Plusieurs tentatives - infructueuses
- de l'ennemi pour passer à travers les
champs de mines et enfoncer les défenses
françaises auront eu lieu, notamment les
6 et 8 juin, sous la direction de Rommel, qui
écrira : "la bataille de juin commença
par une préparation d'artillerie ; elle
devait se poursuivre pendant dix jours durant
et avec une violence peu commune. Pendant cette
période, j'assumai moi-même, à
plusieurs reprises, le commandement des troupes
assaillantes. Sur le théâtre des
opérations africaines, j'ai rarement vu
combat plus acharné."
Alors que les munitions et les réserves
en eau et nourriture sont quasi-épuisées,
l'ordre d'évacuation est donné aux
Français par le commandement britannique.
Elle va avoir lieu dans la nuit du 10 au 11 juin
: 2619 hommes sur les 3723 présents au
début de la bataille vont réussir
à passer et rejoindre les lignes britanniques
; les Français ont eu 99 tués et
19 blessés pendant le siège, et,
lors de l'évacuation, 41 tués, 210
blessés et 814 prisonniers. Quant aux Germano-italiens,
ils ont eu 3300 tués et blessés,
277 prisonniers, 51 chars détruits et 49
avions abattus par la DCA française et
la R.A.F. Et surtout, Rommel a été
stoppé dans son offensive sur El Alamein
durant deux semaines, pendant lesquelles la 8ème
Armée britannique va fortifier ses positions
et se renforcer de troupes fraîches australiennes
arrivées d'Irak.
Winston Churchill dira : "En retardant
de quinze jours l'offensive de Rommel, les Français
libres de Bir Hakeim auront contribué à
sauvegarder le sort de l'Égypte et du canal
de Suez". Quant au général
de Gaulle, il enverra un message au général
Knig : "Sachez et dites à vos
troupes que toute la France vous regarde et que
vous êtes son orgueil."
(8) Plusieurs
mourront quelques jours plus tard dans le naufrage
du navire italien "Nino Bixio", coulé
par un sous-marin britannique alors qu'il transportait
en Italie 143 prisonniers français de Bir
Hakeim.
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