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départementaux de l'A.N.A.C.R |
RESISTANCE DANS LE VILLEFRANCHOIS
Nom de maquis : "Riquet", Henri
Pèlerin, 86 ans en 2006, évoque son engagement
de résistant lors de rencontres à Villefranche-de-Rouergue
avec Madame Renée Lombard. Ce témoignage
a été publié dans le n° 147
du 3ème trimestre 2006 de "Résistance
en Rouergue", organe de l'ANACR de l'Aveyron.
MON ENTREE EN RESISTANCE, MES CONTACTS.
Dès 1940, je connaissais des gens
qui refusaient la soumission à l'occupant, par
exemple Marty qui travaillait aux finances, le docteur
Defaye (qui ira aux FTP). Henri Lalet, aujourd'hui décédé
et dont la fille vit à Septonds, sera Commandant
de la place à Rodez.
Grâce à M. Guy, (de Najac) il fera équiper
le maquis en costumes, j'ai aussi été
lié d'amitié aux Rudelle, de Baraqueville,
dont un fils était au maquis Antoine et dont
la fille était l'épouse de Trebosc.
C'est en particulier au docteur radiologue Thibairenq
que je dois d'être entré au Maquis "Duguesclin",
j'habitais alors rue de la Pompe où je le voyais
souvent. Une anecdote me vient : plus tard, le jour
de la mutinerie de Yougoslaves du contingent nazi, il
me donna une mitraillette et un sac de munitions.
Il y avait gros risque de perquisitions et de représailles.
J'ai planqué cet arsenal dans une barrique mais
devant la crainte, chez moi, je l'ai amené chez
Cestrieres qui faisait partie des Corps Francs et de
notre maquis depuis ses débuts. (On verra plus
loin comment " Riquet" vivra cet événement
tragique).
J'étais mécano au garage Citroën
de Monsieur Trebosc, face à l'actuel Crédit
Agricole. Il y a maintenant une teinturerie. Mon patron,
blessé dans la guerre de 14-18 voyait d'un bon
il ces contacts débutants. On l'appelait
en patois "camba de legna" (jambe de bois)
à cause de sa blessure. Plus tard, j'ai acheté
son garage et mon épouse a abandonné Ia
couture pour s'occuper de la pompe.
ORGANISATION ET ACTION.
Donc, Thibairenq gardait les armes que
nous allions chercher avant nos sorties. Outre Cestrières
et Lombard, il faut citer Romain Teulier parmi ceux
que je voyais des plus actifs dans notre groupe. Romain
vit actuellement près de Nuces, son frère
Maurice, plus jeune est à Onet.
Maurice s'occupe encore de "Duguesclin" aujourd'hui.
Madame Lombard confirme ce souvenir de Teulier qui venait
souvent chez ses parents (M. Ampillac, son père
étant lui-même lié à la Résistance).
Elle voyait arriver Romain en traction avec ses camarades,
poser leurs armes sur la table du café, "ce
qui nous inquiétaient car les Allemands passaient
souvent sur cette route de La Fouillade."
Ou bien, il venait le soir pour une réunion à
la maison avec 2 ou 3 autres. Il était toujours
avec Lalet. (C'était près de La Fouillade
qu'habitaient les Ampillac). Romain était très
estimé des tout premiers Résistants chez
nous. D'ailleurs il allait être chef de section
dans les combats du Bois du Four ensuite.
HENRI PELERIN POURSUIT SON TEMOIGNAGE.
Comme l'information était aux
ordres de la collaboration, il fallait au début
être bien entouré et convaincu pour s'engager.
Nous avons donc bientôt envisagé un journal
"Duguesclin" que, me semble t-il, l'imprimeur
Subervie nous tirait clandestinement.
J'ai pu jouer un rôle utile à la Résistance
de notre secteur puisque je dépannais, je conduisais
des véhicules et je connaissais ceux qui pouvaient
être réquisitionnés lorsqu'il le
fallut munis d'un "Bon de réquisition"
signé par la direction du Maquis. Mais nous les
rendions toujours, Et en bon état. De plus, je
renseignais, car au garage je savais pas mal de choses
sur la circulation, des deux cotés pour ainsi
dire.
Le Comité Directeur du Maquis décidait
nos actions en réunion.
Au C.D., il y avait Richard et Cestrieres dont je me
souviens.
Par exemple il pouvait s'agir de faire sauter le château
d'eau d'une gare du secteur avant que les Allemands
ne fassent partir des convois de bétail pris
aux paysans ou bien de denrées agricoles ou de
conserverie alimentaire. Les trains marchaient à
vapeur ; il faut savoir que beaucoup de petites gares
servaient à ces départs pour l'armée
Allemande ou pour l'Allemagne elle-même.
C'était un de nos moyens de contrarier la volonté
de piller le pays, mais il fallait être très
prudent car des délateurs sévissaient
sur Villefranche même (par exemple B
qui,
un peu plus tard, sera retrouvé à Aubin
et qui renseignait l'occupant). Par chance, la police
locale ne fit pas de zèle contre nous. Trébosc
avait de fait le permis de circuler, ce dont nous abusions
volontiers, surtout pour la bonne cause.
Pour l'approvisionnement du maquis, des paysans nous
aidaient comme Issaly, de Regardet. Il cuisait même
le pain pour Duguesclin dont la planque était
toute proche. (Mièjesoles).
M. Comminges, membre des Corps Francs, nous livrait
du charbon de bois pour l'énergie. Pour la conserverie,
nous étions fournis par Clapier, route de la
Gasse à Villefranche. J'y allais très
souvent par conséquent. Ces actions s'effectuaient
sur un rayon de 25 kilomètres ; sauf en quelques
cas où nous avons donné un "coup
de main" à d'autres maquis, ceux du maquis
Antoine (Carmaux et Naucelle) ou les FTP du maquis d'Ois
commandés par "Marc" (Vittori). Chaque
maquis avait ses ressources, un accord entre nous existait
pour ne pas se gêner. De toutes façons
au garage on aidait tous les maquis. J'ai seulement
connu des "frictions" au sujet du benzole
livré en nourrices ou bonbonnes (gaz liquide)
à Decazeville. Un jour, nous avons pris position
en armes sous la mairie pour être livrés
par le fournisseur.
En dehors de cet incident, nous agissions
sans se marcher sur les pieds.
Un jour pourtant, le projet de dynamiter
le château d'eau d'une gare échoua. Georges
Alet, ancien du maquis rencontré le 23 juillet
à Gelles, ajoute cette anecdote au récit
de Riquet : "sur ces actions pour immobiliser les
convois : à Najac, le chef de gare, Macary nous
supplia d'y renoncer, non par refus de notre but ni
par peur personnelle mais parce qu'il tenait poules
et lapins cachés dessous ! Il nous a attendris.
Il fallait bien manger
Le 17 septembre 43 à Villefranche, lors de la
mutinerie des jeunes enrôlés par l'armée
nazie dans les pays qui formeront la Yougoslavie (Serbie,
Croatie, Bosnie.), Henri Pellerin [témoigne]
: "Ce jour là, je travaillais au garage
quand je vis le commandant allemand arriver vite pour
chercher une voiture. Mais il voulut aussi un chauffeur,
moi par conséquent. Il ne pouvait être
question de se dérober ; je l'ai donc conduit
à l'Ecole Supérieure - lieu du Lycée
de nos jours. Sur le terre-plein, il me dit "Bougez
pas de là, attendez mes ordres. Seulement, l'attente
durait ; c'était l'heure du casse-croûte
et si, au départ, j'ignorais ce qui se passait
car il ne m'avait rien dit de précis, j'ai vite
compris. Je voyais, en bas dans la cour les jeunes mutins
arrêtés que les boches venaient chercher
dix par dix pour les emporter dans un petit camion mais
impossible de rien faire sous cette surveillance et
sans arme. Ce fut atroce. Et moi, comme témoin,
je me disais que j'allais y passer aussi.
Quand l'officier est repassé à la voiture,
j'ai obtenu un sandwich et le droit de boire à
un robinet, mais rien à faire pour m'enfuir ni
intervenir devant tant d'hommes en armes venus en renfort
pour la répression. J'ai du passer un jour et
demi sur place et dormir dans la cour, entre mutins
et soldats de garde. Un Allemand me montrant les prisonniers
qui restaient me confirma ce que je devinais : "Kaputt".
Quand on les embarquait, on les encagoulait pour empêcher
leur fuite, mais plusieurs ont essayé quand même,
et je les ai vus fusillés sur place. Il y eut
du sang partout. Au final, ma seule consolation, à
part d'être toujours en vie, ce fut de n'avoir
pas eu à conduire ces malheureux et leurs bourreaux
là où on devait les exécuter, ce
lieu devenu le "Champ des martyrs".
Renée Lombard, alors pensionnaire de cette école
de jeunes filles se souvient qu'à la rentrée
scolaire, peu après donc, ce sang noirci était
encore sur des murs et sur le sol de la cour. La directrice,
Madame Yeche, et son mari ont aussi tout vu puisqu'ils
habitaient dans l'école ; leur fils Jean Yeche
était alors au maquis à Labadenq. Il devint
maire de Bor et Bar à la Libération, avec
la liste du Comité de Libération, mais
comme dans d'autres communes souvent, la réaction
a ensuite balayé ces élus Résistants
lors des élections suivantes. "Pareil pour
mon père élu lui aussi sur Najac à
la Libération comme conseiller municipal"
ajoute t-elle .
"Riquet" évoque ensuite d'autres résistants
authentiques dont les noms lui reviennent dans le fil
de notre conversation ; ceux de Landeau et de Maurs,
électriciens sur le coin. Landeau travaillait
pour notre maquis Duguesclin. J'ai bien sur connu Sylvain
Diet dans cette période, je lui ai souvent fourni
au maquis soit un dépannage soit un véhicule.
Après la Libération je suis allé
avec L. Latour, de Carmaux, consulter des dossiers .II
y a la trace, les noms de tous les Résistants
des maquis du Tarn et de l'Aveyron, mais il faut une
autorisation spéciale pour le laisser passer.
Nous avions pu reconstituer les réseaux, retrouver
des noms
Ma mémoire me joue des tours pour
le nom de quelques autres dont l'abattoir de Villefranche
qui était des nôtres. Mais j'ai parlé
en l'honneur de tous ceux qui ont participé à
l'uvre de Libération.
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