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UN
PEU D'HISTOIRE DEPARTEMENTALE...
Ami
entends-tu (Saône-et-Loire) n°127,
4ème trimestre 2000
- 15 mai 1940 : dernière
réunion du Conseil Général de
Saône-et-Loire...
- 10 novembre 1945 : première
réunion après la capitulation sans
condition de l'Allemagne nazie...
Après
cette liberté retrouvée, il nous a paru
intéressant pour les "anciens" comme pour
les jeunes générations, de reproduire
quelques extraits de la remarquable allocution
prononcée par le préfet Lucien DREVON
(alias "Villefranche" dans la Résistance
et président du comité de Libération
de Saône-et-Loire) devant l'ensemble des
nouveaux conseillers généraux nouvellement
élus.
Le 15 mai 1940, le
Conseil général de Saône-et-Loire
se réunissait pour la dernière fois.
Cinq jours auparavant, les armées hitlériennes,
fidèles à la tradition allemande, violaient
les frontières de trois peuples neutres et
se ruaient à travers leur territoire saccagé
par un bombardement sauvage, à l'assaut de
notre pays.
Et puis ce furent les journées tragiques
du mois de juin; les heures douloureuses du désarroi
et du désespoir; tout un peuple brusquement
jeté sur les routes de France, dans une atmosphère
de panique et d'effroi, plus d'un million et demi
de prisonniers, et malgré son héroisme
trop longtemps méconnu, notre armée
tronçonnée, coupée du commandement,
débordée par les engins mécaniques
qui fonçaient de toutes parts, l'écrasant
sans pitié, harcelée par une aviation
meurtrière.
Ce furent l'armistice du 25 juin, l'abandon de
certains, la trahison de quelques autres, abandon
et trahison que les raisonnements les plus subtils,
les défenses les plus habiles et les explications
les mieux présentées ne parviendront
jamais à faire pardonner ou même à
faire oublier.
Pendant ces quatre années la liberté
fut enchaînée, le droit de parole et
de réunion supprimé, la possibilité
de penser librement abolie, les fonctionnaires
républicains révoqués ou soumis
à d'invraisemblables vexations, les camps
de concentration peuplés de patriotes, le
libre jeu des institutions démocratiques
suspendu. Il semblait que devait sombrer dans
la honte et dans le sang vingt siècles de
gloire et dans la plus cruelle des tyrannies le
fruit de plusieurs Révolutions, génératrices
de liberté.
Mais le criminel
égarement d'une poignée de mauvais Français
devait être largement compensé par l'admirable
sursaut qui secoua le pays dès les premières
heures de la défaite provisoire, lorqu'il
entendit le simple et pathétique appel lancé
au micro de Londres par un général français
qui devait, aux heures les plus sombres, demeurer
le guide spirituel de la nation française
et qui incarnait l'esprit de Résistance qui
animait notre peuple. J'ai nommé le général
DE GAULLE, président du gouvernement provisoire
de la République (applaudissements).
C'est alors
que nos vîmes, les uns et les autres, et
plus particulièrement dans ce département
de Saône-et-Loire, qui fut toujours à
la pointe du combat et à l'avant-garde de
la Résistance française, se lever des
hommes courageux qui rassemblèrent, en liaison
avec les formations de la France combattant d'abord
et avec le Comité national de Libération
ensuite, de vrais patriotes résolus à
combattre et à vaincre et qui jetèrent
les bases des futures organisations de Résistance
qui devaient, au cours des années suivantes,
prendre l'admirable développement que vous
savez et mener, au cours de l'année ardente
de 1944, les combats inégaux mais victorieux
que vous connaissez, forcer l'admiration du monde
et laver d'un coup quatre années de honte
et d'abandon.
Combien tombèrent dans ce combat, les uns,
les armes à la main, au hasard d'une rencontre,
au détour d'un chemin, mais sous un ciel
libre; d'autres, après d'atroces supplices,
dans d'immondes cachots, sous les balles des assassins
de la Gestapo ou de ses complices.
Combien furent déportés et traînèrent
tristement leurs chaînes pendant des jours
et des jours, pendant des mois et des mois, en
proie aux plus amères privations, torturés
quotidiennement et scientifiquement par de sadiques
bourreaux, frappés à mort, astreints
aux plus durs travaux, soumis au plus honteuses
humiliations, mais confiants tout de même
et toujours, crispant les poings fermés de
leur orgueil, bercés dans leur martyre et
dans leur solitude par des voix mystérieuses
qui venaient du pays natal et qui venaient du
pays natal et qui, malgré toutes les surveillances,
et bravant les plus sévères disciplines,
leur disaient que là-bas, ceux qui étaient
restés, forgeaientavec un hâte fiévreuse,
avec une ferveur passionnée, avec un pieux
désir de se montrer dignes de leur sacrifice,
les armes de la libération prochaine".
Puis le Préfet
de rappeler le sacrifice de M. de RAMBUTEAU, conseiller
général, mort en déportation, et
les souffrances endurées par les déportés
: Henri MAUPOIL, Bernard MOREY, l'abbé GOUTAUDIER
et M.BOURGUET, heureusement revenus parmi nous.
"Que nos
âmes s'élèvent également aujourd'hui
en une pensée de piété fervente
pour tous ceux qui depuis cinq ans, soldats de
1939-1940, soldats de 1944 et 1945, soldats sans
uniforme, sans caserne, sans drapeau, de cette
armée magnifique surgie des profondeurs glorieuses
de notre histoire, l'armée de la Résistance
française, ont arrosé de leur sang la
terre maternelle de France ou sont morts en pays
étranger pour la grandeur et la liberté
de la patrie".
Lucien DREVON
évoque ensuite longuement l'effort de reconstruction
entrepris par tous les corps de la société,
durant les 14 mois écoulés depuis la
libération, afin de remettre sur pied une
économie ruinée par l'occupant. Il souligne
l'aide active que lui ont apporté chacun
de leur arrondissement respectif, les sous-préfets
: Claude ROCHAT "Guillaume" à Chalon-sur-Saône,
Henri VINCENT "Vic" à Louhans, VITRIER "Henri"
à Autun et PERETTI "Malot" à Charolles.
Et de conclure : " Quelle est notre joie de sentir
auprès de nous, en ce jour où se trouve
restaurées dans notre département, après
une si longue éclipse, les libertés
républicaines, une assemblée où
je sais que se trouvent des hommes librement choisis
par le peuple, et animés du désir de
nous aider dans notre tâche. Mes collaborateurs
et moi avons la ferme volonté de travailler
avec vous pour le bien et la prospérité
de ce grand et beau département. Nous allons
nous mettre au travail dans cette enceinte où
doivent se taire les discussions politques, certes
nécessaires en d'autres lieux, mais qui seraient
certainement préjudiciables ici où nous
devons songer avant toute chose à administrer
sainement, avec sagesse et sérénité".
Pourrions-nous oublier ? ou ignorer ?
Ne laissons
pas à une "poignée d'individus" le choix
de notre destin. Nous avons le devoir d'élire
nos "dirigeants" à tous les niveaux et de
leur demander de rendre compte de leur mandat.
La liberté se perd rapidement.
Soyons citoyens.
Tous aux urnes aux prochaines élections.
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