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| Le
Conseil National de La Résistance |
| Ainsi
fut créé le Conseil National
de La Résistance...(suite) |
Lorsque
le C.F.L.N, puis le gouvernement d'Alger (GPRF)
sont bicéphales, avec à leur tête
De Gaulle et Giraud, dont on connaît
l'antagonisme, comment le C.N.R se positionne
t-il alors ?
R.C:
Au
printemps de 1943, la querelle de Gaulle-Giraud
retenait toute l'attention de la Résistance.
le Général Giraud n'avait jamais
caché qu'il demeurait fidèle à
Pétain, et on peut penser que son évasion
avait été organisée avec le
concours des services secrets américains.
C'était du pétainisme sans les nazis
. Mais c'était quand même la politique
antipopulaire de Pétain.
Par le canal du C.N.R, la Résistance
intérieure signifia sa confiance à
de Gaulle pour diriger le gouvernement provisoire.
Par sa dimension nationale, par son autorité
dans le pays occupé, la Résistance
intérieure était en position de
faire valoir ses exigences.
Le
Général de Gaulle a, en la personne
d'un délégué général,
un représentant personnel en France occupée.
Quels rapports ce dernier entretient-il avec
le C.N.R ?
R.C: Les
rapports entre le C.N.R et la délégation
générale de de Gaulle en France
étaient bons. Le représentant de
de Gaulle assistait aux réunions du C.N.R
et du Bureau. Le seul point d'accrochage sérieux,
se situe au cours des combats de la Libération
de Paris, à propos de la trêve.
le C.N.R avait rejeté la trêve proposée
par les Allemands, et l'envoyé de de
Gaulle finit par se rallier non sans vives
discussions à ce point de vue. Il n'était
pas imaginable que le peuple de Paris ne soit
pas l'acteur de sa propre délivrance
et laisse les nazis quitter tranquillement
Paris avec armes et bagages.
Plus
généralement, quels vont être
les rapports entre le Résistance intérieure-que
représente le C.N.R, et la France libre
?
R.C:
L'autorité
du C.N.R tient au fait qu'il regroupe toutes
les forces de la Résistance intérieure.
Comme je l'ai dit déjà, chacune
de ses organisations conserve son identité
mais applique les mêmes décisions.
Le C.N.R dirige la Résistance dans tous
ses aspects. La coopération avec Londres
ne va pas toujours sans problèmes. La
Résistance Intérieure n'entend pas
être un simple organisme d'exécution
de consignes venues de l'extérieure et
qui pourraient entraver son développement.
Il y a jusqu'au printemps de 1944, une différence
de perspective entre le C.N.R et Londres.
A Londres, on souhaite que la Résistance
soit une force d'appoint au moment du débarquement.
Attentisme ou action directe, telle est la
problématique. A Paris, le niveau de
combativité du peuple est élevé.
Le C.N.R parle et agit avec l'autorité
des forces qui luttent pour leur libération.
Il lance des mots d'ordre d'action. Il traduit
la volonté des Résistants de participer
à leur propre libération.
Outre
par son rôle de fédérateur
de la Résistance, le C.N.R est entré
dans l'histoire par son programme. Comment
ce programme a t-il été élaboré,
et dans quelle optique ?
R.C:
Le
programme du C.N.R n'est pas né dans
une nuit. Sa rédaction a été
précédée de longues discussions.
Plusieurs textes ont été examinés,
provenant de l'une ou de l'autre des parties
engagées. Le texte adopté en mars
1944 a comme vertu de mettre en cohérence
la volonté de lutte et l'exigence de
la société post-libération.
Dans la première partie du programme
le C.N.R après avoir insisté auprès
du Gouvernement provisoire pour que les Résistants
reçoivent de armes, décide une série
de mesures destinées à mobiliser
l'opinion et à la préparer politiquement
et militairement à l'assaut final. Il
serait fastidieux d'énumérer ces
mesures qu'on trouve dans la première
partie du programme du C.N.R. Au cours de
l'année 1942, on trouve dans la presse
clandestine une exigence qui va au-delà
de la Libération du territoire. Il ne
suffit pas de se battre, faut-il encore savoir
pourquoi. Les sacrifices très lourds
payés par les Résistants ne doivent
pas être inutiles.
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Milicien
de Vichy gardant des Patriotes arrêtés.
Le CNR demandera le châtiment des
traitres |
Pas question de voir revenir
sur le devant de la scène les hommes
et les forces de la collaboration, qui ont
pillé le pays et brisé les institutions
républicaines. Une large gamme de mesures
à appliquer après la Libération
est définie. Ce qu'il faut retenir, c'est
que cette partie du programme répond
à la volonté de changement exprimé
par la Résistance de bâtir une société
plus juste, plus solidaire, plus démocratique,
plus ouverte.
Quel
a été le rôle du Comité
Général d'Etudes dans l'élaboration
du programme du C.N.R ?
R.C:
Le
Comité général d'Etudes, c'est
le nom qui s'imposa, avait été créé
par Jean Moulin en 1942 pour être en
France même le Conseil politique du Comité
Français de Libération Nationale
de Londres; il s'installa à Paris en
1943. A cette époque, le Conseil National
de la Résistance et la Délégation
Générale du gouvernement de Londres
en France occupée restent les deux seules
institutions se partageant l'autorité
gouvernementale sur l'ensemble de la Résistance
intérieure. Le rôle du C.G.E ne
sera pas des moindres même si de sérieux
conflits d'attribution notamment avec les
mouvements de Résistance de la zone nord,
se produisirent. Mais on ne peut en quelques
phrases résumer le rôle et l'apport
du Comité Général d'Etudes.
Disons, à propos du programme du C.N.R,
que le texte du C.G.E fut l'un des 5 ou 6
qui furent examinés. Mais seul le projet
présenté par le Front National (le
vrai) et aménagé par les M.U.R (Zone
sud) fut retenu en raison de sa cohérence
puisqu'il liait la lutte pour la libération
à l'exigence d'une société
nouvelle après la Libération.
Les
femmes ont joué un rôle important,
décisif à bien des égards,
dans la Résistance. Or, le programme
du C.N.R est muet sur le droit de vote des
femmes...
R.C:
Le
programme adopté à l'unanimité,
en mars 1944, par le C.N.R est l'expression
de la volonté de la Résistance de
participer pleinement -c'est à dire de
ne pas être une force d'appoint - à
la Libération du pays, en liaison avec
les armes alliées. Et, en même temps,
il traduit l'exigence d'un peuple, qui se
bat et meurt face à une occupation étrangère
sans pitié, d'en finir non seulement
avec la présence des nazis mais aussi
avec celle du gouvernement Pétain, lequel
a plongé le pays dans le déshonneur
de la collaboration et dans la misère.
C'est donc un programme de caractère
progressiste, qui comporte toute une série
de mesures sur les plans politique, économique
et social, mesures que de Gaulle avait évoquées
dans son discours d'Alger en novembre 1943.
C'est un programme qui correspond au rapport
des forces du moment et n'aborde que ce qui
est susceptible de rencontrer l'unanimité
des forces de la Résistance. Il a donc
ses limites et l'absence, par exemple, de
référence au droit de vote des femmes
est caractéristique des oppositions formulées
par certains secteurs de la Résistance.
Mais la question doit être restituée
dans le contexte d'il y a 50 ans et non vue
avec nos yeux d'aujourd'hui.
Ce qui est intéressant à noter,
et c'est là un des aspects de la portée
historique du programme du C.N.R, c'est qu'aux
élections législatives qui suivirent
immédiatement la Libération, les
femmes votant pour la 1ère fois, tous
les partis politiques sans exception, de la
gauche à la droite, firent leur le programme
du C.N.R. Il correspondait donc bien à
la sensibilité de l'époque.
Qu'en
a t-il été de la mise en oeuvre
du programme du C.N.R ?
R.C:
De
la victoire sur l'Allemagne hitlérienne
en mai 1945 à la moitié de 1947,
les conditions ont été favorables
pour la mise en oeuvre d'un grand nombre de
dispositions contenues dans le programme du
C.N.R. Rappelons, par exemple, l'institution
de la Sécurité Sociale, la nationalisation
des grands groupes de l'énergie, du transport
et du crédit, la loi sur l'assurance-vieillesse,
la Constitution de la IVe République,
la loi sur les Comités d'entreprise,
sur les conventions collectives, sur le salaire
minium vital, etc.
Le Conseil National de la Résistance
est alors au coeur de la vie publique. Mais
les espoirs nés de la Résistance
vont malheureusement céder la place aux
tensions de la guerre froide. La désunion
des pays hier alliés dans le combat contre
l'idéologie criminelle du nazisme se
répercutera dans les relations entre
Résistants. Des fractures graves vont
affaiblir le courant d'union né dans
la Résistance. La guerre froide marque
un recul dans le progrès que contenait
en germe le programme du C.N.R.
Un demi-siècle s'est écoulé
depuis la fin de la guerre. Peut-on dire que
le programme du C.N.R a conservé son
caractère d'actualité ? La réponse
est oui. Bien sûr, il ne s'agit pas d'en
réclamer la mise en application mécanique.
La situation n'est plus la même. Mais
ce qui demeure, et constitue un tremplin dans
la bataille contemporaine, ce sont les valeurs
de caractère universel qu'il contient,
c'est à dire la liberté, la démocratie,
la justice sociale, la solidarité, la
tolérance, l'indépendance nationale,
dont la sauvegarde est un devoir indispensable
à une époque où sont remises
en cause ces valeurs de la Résistance,
c'est à dire de la République et
où les négationnistes s'emploient
à pervertir la réalité de l'histoire.
En faisant du programme du C.N.R. sa référence
constante, l'A.N.A.C.R est fidèle à
l'image de la Résistance et c'est pourquoi
elle est la seule organisation de ce type
qui peut revendiquer le pluralisme qui donna
à la Résistance sa force et sa grandeur.
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